26.10.16

Arno Monin, l'interview : découvrez le dessinateur de L'Adoption

Du 28 au 30 octobre 2016, le festival Quai des Bulles attirera dans la belle ville de Saint-Malo, des fans de bandes dessinées du monde entier pour un des salons BD les plus familiaux. Sur place, outre la possibilité de se faire péter la panse au Timothy, Quai des Bulles permet en effet de rencontrer de fabuleux auteurs et d'échanger avec eux, le temps d'une dédicace. Cette année, je vous invite à rendre visite au dessinateur Arno Monin sur le stand Bamboo pour lui faire dédicacer votre tome de L'Adoption (en lice pour le Prix des lecteurs Ouest-France / Quai des Bulles 2016)... Quoi, comment, vous ne connaissez ni l'un, ni l'autre ? On va tâcher de corriger cela avec cette interview de cet artiste adorable, réalisée lors de son passage à la librairie Bulle du Mans.
"Au début, je voulais faire des masses de gris, puis la couleur a pris plus de place car je voulais changer de manière de procéder pour ce septième album" Arno Monin
LGC : Bonjour, avant de commencer les questions sérieuses, juste une chose : Gabriel, c'est François Berléand ou pas ?
Monin : Non, je ne me suis pas inspiré de lui. Je n'ai pas eu d'influences constantes pour créer mes personnages en fait. Je fais plusieurs propositions et compositions de design et je garde celles qui me plaisent. Le personnage m'a évoqué l'idée d'une construction autour du nez et des lunettes car elles dissimulent les émotions et que ça devait être un personnage bourru. 
LGC : Comment avez-vous été embarqué sur ce projet par Zidrou ?
Monin : En fait, 6 mois avant de boucler un projet, je commence à prospecter pour l'album suivant. Zidrou m'a fait le cadeau génial de me proposer de bosser dessus. La thématique de l'adoption a été un déclencheur, même si je ne suis pas concerné personnellement par elle. 
LGC : Quelle est votre méthode de travail ? Avez-vous fait des recherches documentaires ?
Monin : Je reçois le scénario abouti puis j'optimise un peu le découpage de l'écriture intuitive de Zidrou. Il me laisse pas mal de liberté et je tâtonne en solo avant de lui envoyer des propositions finalisées. Les tâtonnements sont surtout techniques d'ailleurs. Au début, je voulais faire des masses de gris, puis la couleur a pris plus de place car je voulais changer de manière de procéder pour ce septième album. Je n'ai par contre pas fait de recherches documentaires.
 "j'ai donc fait deux ans d'école de dessin tout en démarchant sur les stands des éditeurs à Quai des Bulles. Hervé Richer de Grand Angle a été le premier à accrocher et depuis on ne s'est plus lâchés. Arno Monin
LGC : Les personnages sont super expressifs dans la BD, comment avez-vous procédé ?
Monin : Pour l'expressivité de la petite fille, je me suis basé sur des roughs d'animation Disney avec leurs traits plus sales, hésitants et sensibles. ça permet de se rapprocher de la fluidité de l'animation, aussi. 
LGC : Que pouvez-vous me dire de l'écriture et du dessin du tome 2 ? Est-il déjà en chantier ?
Monin : Oui, nous l'avons débuté en janvier et il en est à plus de la moitié. Il abordera le Pérou, comme on s'y attend et la thématique y sera précisée et resserrée. J'ai fait une pause deux en un dans son dessin pour m'y rendre. ça m'a permis de me documenter en douceur sur place : je me moque qu'on ne reconnaisse pas les rues à l'identique, je préfère réaliser des compositions qui me plaisent plutôt que des dessins documentaires. 
LGC : Avez-vous déjà songé avec Zidrou à une adaptation ciné ou TV ? L'histoire s'y prête parfaitement, je trouve... Et en plus j'ai déjà trouvé l'acteur parfait pour incarner Gabriel (François Berléand)
Monin : Effectivement, l'histoire s'y prête mais c'est à l'éditeur de s'en occuper. Si ça se fait, je serai vraiment intéressé par la réalisation de storyboards. 
LGC : Et sinon, quel a été votre parcours pour devenir professionnel de la bande dessinée ?
Monin : Comme pas mal d'enfants, j'ai beaucoup dessiné au lycée, j'ai même fait des dessins dans le journal de l'école. A la sortie du lycée, j'ai fait un passage en fac d'histoire de l'art mais j'avais le désir de pratiquer. j'ai donc fait deux ans d'école de dessin tout en démarchant sur les stands des éditeurs à Quai des Bulles. Hervé Richer de Grand Angle a été le premier à accrocher et depuis on ne s'est plus lâchés. 
LGC : Oui, je vois que c'est une vraie histoire d'amour entre Grand Angle et vous avec sept albums publiés chez eux. Vous n'avez pas l'envie de travailler pour un autre éditeur ?
Monin : Pour l'instant, ce sont eux qui me font les meilleures propositions niveau projets et conditions. C'est une maison plutôt ouverte dans son catalogue et dans ses idées.

LGC : Je crois que vous êtes Nantais, travaillez-vous sur place ?
Monin : Oui, au studio de La Baie noire, partagé avec des architectes. 
LGC : Quelles ont été vos principales sources d'inspiration ? Vos œuvres cultes ?
Monin : Mes premières BD furent humoristiques, mon père était collectionneur et j'ai donc baigné dedans même si maintenant ce n'est plus mon registre. J'ai été à bloc sur les artbooks d'animation et de chara-design quand j'étais à la fac. Je suis fan de Frederik Peeters (Koma, L'Odeur des garçons affamés, Lupus...), j'ai baigné également dans les travaux de Cyril Pedrosa quand j'étais étudiant, de Claire Wendling (Les Lumières de l'Amalou) et de Matthieu Bonhomme pour son travail sur Le Marquis d'Anaon. Bien sûr il y en a encore d'autres comme Blutch et Blain ou le Peter Pan de Loisel qui m'ont aussi pas mal inspiré. Niveau mangas je suis un grand fan d'Urasawa et d'Otomo pour Akira et Domo. Je me suis pris une grosse claque par Oldboy, d'abord en film, puis en manga. Par contre, je n'ai jamais essayé d'être dans un style propre et j'ai toujours dessiné au feeling, même si je pense que tous ces ingrédients se sont mélangés au final.  
LGC : Pouvez-vous nous donner vos tuyaux de dessinateur ?
Monin : Je fais énormément de tests de composition avant de finaliser une scène. "Les Gégés" ont eu des dizaines de têtes : j'ai "tourné les scènes avec des acteurs différents" puis j'ai "rustiné". Je tâtonne pour la couleur avec un travail de barbouillage sur ma Cintiq. Je dessine d'abord, je scanne, je nettoie le dessin puis je fais la colo sur Photoshop.

LGC : Vous êtes accro à un autre média que la BD ? Le cinéma ? La musique ?
Monin : Je suis un gros cinéphile, j'assiste souvent aux Master Classes du Forum des Images. C'est là que je fais mon marché. Récemment, j'ai découvert Une Femme coréenne et Poetry. Je suis aussi fan de classiques comme Un Singe en hiver ou Le Voleur de bicyclettes. J'adore discuter et prendre des notes de mes échanges avec d'autres cinéphiles. J'écoute tout le temps de la musique et la version live de What will you say de Jeff Buckley tourne souvent en boucle sur Youtube quand je dessine. Je suis assez éclectique et j'adore découvrir de nouvelles œuvres mais j'ai le temps comme limite (rires).
Il n'en fallait pas plus pour que je l'embarque dans une petite discussion ciné fort plaisante où nous parlâmes notamment de notre coup de cœur commun pour The Lobster et son traitement atypique. Au cours de l'échange, je lui vendis également les films The Raid de Gareth Evans.

Bref, si vous êtes en train de préparer votre valise pour le festival Quai des Bulles, n'hésitez pas à y mettre ces quelques ouvrages d'Arno Monin pour lui demander une petite dédicace sur le stand Bamboo :
Découvrez Merci Découvrez l'Adoption, tome 1
Sources planches et couvertures : le blog d'Arno Monin, Bédéthèque et le site de Grand Angle

Mais qui est Arno Monin ?

Bio
  • Date de naissance : 06 novembre 1981
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : le Sud profond des États-Unis
Véritable dévoreur éclectique de pop-culture, les œuvres de Jason Latour débordent de ses différentes influences et de son insatiable curiosité. L'auteur américain excelle tout particulièrement dans son découpage ultra-dynamique et ses mises en scènes, tantôt viscérales et oppressantes, tantôt touchantes et baignées d'une aura positive.

Les œuvres cultes d'Arno Monin

BD
  • Le Peter Pan de Loisel
  • Les œuvres de Claire Wendling
  • Les œuvres de Frederik Peeters
    et tant d'autres...
Musique
  • What will you say de Jeff Buckley
Cinéma et séries TV
  • Un Singe en hiver
  • Le Voleur de bicyclette

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