Découvrez-en plus sur les projets de Ronan Toulhoat

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Interview de Giannis Milonogiannis

Critique Le Monde à tes pieds

La critique d'un des meilleurs romans graphiques de l'année 2017

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21.4.17

Dans l'atelier de Ronan Toulhoat : discussion avec un stakhanoviste du crayon

Il y a un an de cela, Ronan Toulhoat acceptait de poser un instant ses crayons pour parler de ses innombrables projets. Si, depuis le temps, la plupart d'entre eux ne sont plus vraiment des scoops (rassurez-vous, vous trouverez un edit avec de vraies breaking news en fin d'interview ;) ), vous comprendrez certainement mieux pourquoi l'artiste manceau est – à raison – de plus en plus courtisé par les éditeurs. Mais avant ça, commençons par une brève présentation du personnage.

La première fois que j'ai découvert les travaux de Ronan, c'était comme la plupart des lecteurs via Block 109 (Akileos), l'univers uchronique imaginé par le scénariste Vincent Brugeas, en 2010. Je me souviens m'être dit à l'époque, en refermant la BD : "Quel putain d'univers, dommage que cela ne soit pas mieux gratté... " ou quelque chose dans le genre. En effet, si je percevais déjà ses qualités graphiques, notamment au niveau du traitement chromatique et des jeux d'ombres, Ronan était à une galaxie de son niveau actuel. Non pas qu'il soit parti de loin, mais en sept ans, l'auteur n'a semble-t-il jamais posé ses pinceaux / stylets numériques / crayons / sanguines etc. De cette pratique autodidacte acharnée du dessin via des séances matinales de "warm-ups" que vous pouvez admirer sur son compte Instagram (et dans ma sélection Best of Inktober 2016), est née une des signatures graphiques les plus impressionnantes de la nouvelle génération franco-belge.

Si dès les premiers spin offs de Block 109, la progression de Ronan Toulhoat se ressentait, c'est véritablement sur Chaos Team (Akileos, toujours), nouvelle collaboration avec son scénariste et ami Vincent Brugeas, que son style a réellement explosé. Pourtant, depuis un tome 2.1 publié en mai 2014, silence radio quant à la suite de la série. J'ai donc pris le risque de poser la question alors qu'on s'ambiançait tranquillement sur les visuels du jeu de rôle Degenesis...
"Avec Chaos Team, on voulait poser des persos caricaturaux et les retourner totalement, mais on a pris notre temps pour le faire... Ça ne marche pas comme ça en BD, actuellement haha !" Ronan Toulhoat
LGC : Le tome 2.1 de Chaos Team sonnait comme le vrai départ de l'intrigue de la série et puis plus rien... Dis-moi que le tome 2.2 est dans les tuyaux s'il te plait !
Ronan Toulhoat : Désolé, mais non, il n'est pas prévu pour l'instant. Chaos Team est en pause à cause de son accueil critique et de son échec commercial. Après le succès Block 109, on n'a vraiment pas compris avec Vincent et ça nous a même inquiétés pour la suite de nos carrières. Le Roy des Ribauds (Akileos, encore une fois) a vraiment été une bouffée d'air frais qui nous a ouvert des portes. Derrière on a signé chez Glénat et Le Lombard.
LGC : Ah, j'imaginais pas que c'était à ce point. Pourtant il y avait tous les ingrédients de la série d'action à succès avec une dimension psychologique en plus. Ça commence comme un récit d'action classique avec des personnages badasses caricaturaux qui se font DÉMONTER physiquement et psychologiquement... Qu'est-ce qui a pu causer cet échec ?
Ronan : Avec Chaos Team, on voulait poser des persos caricaturaux et les retourner totalement, mais on a pris notre temps pour le faire... Ça ne marche pas comme ça en BD, actuellement haha !
LGC : Merde. Mais on peut espérer une conclusion un jour ?
Ronan : On finira la saison 2 puis on fera un gros tome pour terminer, mais on a d'autres priorités comme Le Roy des Ribauds...
 "Toujours avec Vincent, on a un projet de western napoléonien. Les gens l'ignorent, mais pas mal de westerns se basent sur des récits de hussards.  Ronan Toulhoat
LGC : Le Roy des Ribauds est une vraie tuerie, aussi bien au niveau narratif que graphique, ça n'est pas trop compliqué de sortir des tomes aussi rapprochés, en plus des autres projets à gérer ?
Ronan : Haha ! T'as mis le doigt dessus. Pour le tome 2, un pote, Johann Corgié (coloriste sur Le Cycle de Nibiru et Le Chant des runes, notamment), m'a sauvé la mise sur 50 pages. On a la même vision de la couleur et j'ai pu les lui laisser. C'est grâce à lui que le tome 2 est sorti dans les temps pour Angoulême (NDLR : l'édition 2016 du FIBD).
LGC : Ouais t'avais l'air pas mal dans le rush pour le tome 2. J'imagine que tu t'infligeras pas ça pour le troisième.
Ronan : Non, il y a eu trop de coups de pressions pour le précédent et de toutes manières ce n'est pas possible vu les projets à livrer. Le livre 3 est prévu pour la seconde partie de 2017, si tout se passe bien haha !
LGC : Tu sous-entends pas mal de trucs à venir, qu'est-ce que tu peux révéler ? De toutes manières, au moment où l'interview sera publiée, il n'y aura certainement plus de scoop (NDLR : je ne pensais pas que ce serait à ce point haha !)
Ronan : Toujours avec Vincent, on a un projet de western napoléonien. Les gens l'ignorent, mais pas mal de westerns se basent sur des récits de hussards. On souhaite le construire comme un triptyque se déroulant sur trois pays avec une forme d'hommage aux différents styles de westerns : blanc pour la partie en Pologne, spaghetti pour le tronçon espagnol et crépusculaire pour le final prussien.
LGC : Ça a l'air ambitieux ! Et graphiquement, tu veux tester de nouvelles techniques comme à chaque fois que tu démarre un nouveau projet  ? Sur Chaos Team, tu avais testé la peinture numérique sur décors photographiés, j'avais trouvé le résultat vraiment dingue !
Ronan : Merci. Je réfléchis à fond pour faire ça à la main et à l'encre de Chine. 

LGC : Tu es également graphiste et tu as réalisé des affiches assez folles pour des événements comme la Paris Comic Expo de 2015 ou des concept arts pour le spot publicitaire pour la nouvelle box de Canal+ . Tu as encore le temps de prendre des commandes ?
Ronan : Je suis booké jusqu'en 2017, du coup, depuis septembre 2015, je ne fais quasiment plus que de la BD et de l'illustration. Mais je continue de bosser avec ceux qui m'ont fait confiance à mes débuts pour des projets hors BD. 
LGC : Pour les dernières questions, on va partir sur tes inspirations et sur la "méthode Ronan Toulhoat" pour devenir un monstre du dessin. Qu'est-ce que tu peux nous en dire ?
Ronan : Je suis fan des dessinateurs de comics des années 60-70 et je suis admiratif qui pratiquent la page quotidienne comme Milton Caniff. Se fixer l'objectif de dessiner tous les jours oblige à tricher pour être efficace et ça permet de développer le dynamisme et le naturel. C'est super formateur !
Je m'imprègne également des artbooks d'autres artistes : récemment, les travaux de Boichi m'ont vraiment impressionné.
LGC : Tu causes des fractures de rétines avec tes fameux warm-ups quotidiens. Comment as-tu eu l'envie de commencer ? Tu es enfin satisfait de ton trait ?
Ronan : Je me suis mis le pieds à l'étrier en découvrant les travaux de Kim Jung Gi en 2012. C'est là que mon dessin a véritablement évolué. Je me remets constamment en question pour évoluer. Pour mes derniers travaux, je me suis énormément inspiré de Jean-Léon Gérôme pour les costumes et la déco du moyen-âge oriental, ses peintures sont d'une richesse et d'un réalisme exceptionnels. 
LGC : Des coups de cœur à nous conseiller niveau musique, ciné ou BD ?
Ronan : J'ai adoré Hateful Eight au ciné, Ghost Money en BD, Southern Bastards en comics et pour la musique, je carbure toujours aux bandes sons de films et séries pour dessiner. J'ai pas mal écouté celles de Vikings, de Kingsman et l'album The Way de Zack Hemsey (sa composition Vengeance est utilisée dans le film Equalizer).
La suite de notre discussion s'est par la suite égarée sur les bandes sons épiques, les combats de tanks dans le film Fury, les futures aventures en BD d'un certain Cimmérien et bien d'autres sujets triviaux. Mais en un an, énormément de choses ont évolué, permettez-moi donc de vous proposer une mise-à-jour de ce que vous réserve Ronan Toulhoat :

  • Vincent Brugeas a finalement signé seul chez Le Lombard, avec Thomas Legrain au dessin
  • Vincent et Ronan ont signé chez Dargaud (teasing de l'éditeur Yves Schlirf, sur Twitter)
  • Le western napoléonien n'est pas d'actualité, même si Ronan tanne Vincent pour le faire entre deux albums. d'un triptyque ils vont certainement passer à un gros one shot... pas avant 2020

En attendant, je vous invite à découvrir les travaux de Ronan Toulhoat et à enfin donner le succès qu'elle mérite à la série Chaos Team  :
Découvrez Block 109 Découvrez Chaos Team, tome 1
Découvrez Le Roy des Ribauds, tome 1 Découvrez Les Divisions de Fer, tome 1
Sources planches et couvertures : le compte Instagram de Ronan Toulhoat, Bédéthèque

Mais qui est Ronan Toulhoat ?

Bio
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : mise en scène dynamique, mélange de techniques numériques et tradi'
Ronan Toulhoat est la preuve par fractures de rétines, que l'on peut devenir une brute du dessin à force d'entrainement quotidien et de rigueur. Résultat : tout le monde s'arrache les crayons de ce bosseur autodidacte qui puise ses inspirations aussi bien dans les comics que dans la peinture traditionnelle (souvent via Pinterest, outil béni pour trouver des références graphiques).

19.4.17

2017, l'année de Giannis ? Interview de l'étoile montante grecque !

Si vous êtes fan de basket et que la fourberie de mon titre vous a conduits en ces lieux, attendez avant de refermer la page ! Si le Giannis dont on va parler n'a rien à voir avec un des meilleurs ailiers de la NBA, si ce n'est leur nationalité grecque, il vaut lui aussi largement le détour. Combien de dessinateurs européens peuvent se targuer d'avoir travaillé pour Marvel, DC, Image, IDW et Boom! Studios (via Archaia) avant ses 30 ans ? Okay, ces dernières années, il y a eu quelques monstres de talent sur notre vieux continent, mais peu d'entre eux arrivent à la cheville de l'artiste crétois. Pourtant, Giannis Milonogiannis se montre discret et d'une humilité incroyable, ce qui m'a permis de lui poser quelques questions sur son parcours, ses influences artistiques et son rapport à Ghost In The Shell et à Masamune Shirow en général.
Note : L'interview a été réalisée en anglais, vous pouvez accéder à l'échange non traduit ici.


"J'adorerais travailler avec des éditeurs européens, espérons que ça arrivera un jour. Pas mal de mes auteurs préférés travaillent pour des maisons d'édition européennes." Giannis Milonogiannis
LGC : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ? Quand avez-vous commencé à dessiner et quand êtes-vous devenu un pro ?
Giannis Milonogiannis : Hey ! Je m'appelle Giannis et je dessine des comic books. Old City Blues a été mon premier vrai album publié, en 2010. Sinon, j'ai commencé à étudier sérieusement le dessin vers 2004-2005 à peu près.
LGC : Vous avez travaillé pour Marvel, DC, Image, Archaia et IDW. Pouvez-vous nous dire quelle a été votre meilleure expérience ? Souhaiteriez-vous travailler pour des éditeurs européens ?
Giannis : J'adorerais travailler avec des éditeurs européens, espérons que ça arrivera un jour. Pas mal de mes auteurs préférés travaillent pour des maisons d'édition européennes. À propos de ma meilleure expérience... Ça dépend réellement de l'équipe avec laquelle tu travailles plus que de l'éditeur. Je crois que j'ai eu la chance de travailler avec des gens cool jusque là.
LGC : Vous semblez avoir une belle relation avec Brandon Graham (King City, Island, Prophet...) : votre travail d'équipe sur Prophet a fait des étincelles !
Giannis : Brandon est un des artistes dont j'ai étudié le travail à fond quand je me suis lancé, du coup ça a été un vrai kiff de finalement travailler avec lui. Dessiner Prophet a été une expérience vraiment cool !
 "OCB a commencé comme un webcomic gratuit parce que je savais que personne ne l'aurait lu, sinon. Je suis content qu'il y ait une version papier, mais je pense qu'OCB devrait toujours rester disponible gratuitement. Giannis Milonogiannis
LGC : Vos dessins transpirent l'esprit des mangas et jeux vidéo des années 80 et 90. Quelles sont vos principales sources d'inspiration ? Pouvez-vous expliquer cet amour ?
Giannis : Il y a un côté cool dans la plupart des vieilleries... Je peux pas expliquer cet amour sans invoquer la nostalgie, mais l'imagerie d'époque me botte vraiment. Je bloque sur les énormes polygones des jeux vidéo et le côté explosif des bandes dessinées, qu'il s'agisse des mangas ou des comics.
LGC : J'adore votre création originale Old City Blues et sa perpétuelle amélioration qualitative. Pouvez-vous nous en dire plus à propos de cette histoire de flic cyberpunk ?
Giannis : Merci, ça fait plaisir. OCB est une BD que j'ai commencé pour apprendre à réaliser des comics, du coup il y a toujours ce côté où je tente de nouvelles choses pour essayer de m'améliorer. En gros c'est une histoire d'enquêtes policières dans un monde futuriste... Parfois je vais essayer de faire mon propre Appleseed, d'autres fois, mon propre Miami Vice. Je m'éclate dans ce bac à sable.
LGC : Vous mettez OCB à disposition en téléchargement gratuit sur votre Tumblr. Merci, mais pourquoi ?
Giannis : OCB a commencé comme un webcomic gratuit parce que je savais que personne ne l'aurait lu, sinon. Je suis content qu'il y ait une version papier, mais je pense qu'OCB devrait toujours rester disponible gratuitement. Je me sentirais mal si j'en compliquais l'accès aux gens.
LGC : Vous êtes Grec. Êtes-vous préoccupé par les temps troubles que vivent l'Europe et votre pays ? Souhaiteriez-vous dessiner un comic book engagé ? (Je perçois quelques critiques politiques dans OCB)
Giannis : Ce que j'adore dans la fiction, c'est la possibilité de s'évader et je pense que je n'ai pas encore la maturité nécessaire pour écrire quelque chose comme une bande dessinée documentaire. L'atmosphère mondiale est inquiétante, globalement.
LGC : Quels sont vos prochains projets ? J'ai vu que ça teasait du côté de ThreeA (les fabricants des jouets les plus mabouls au monde, je ne travaille que pour pouvoir en acheter...). Qu'est-ce que vous pouvez nous dire à propos de cette collaboration ?
Giannis : ThreeA est en train de réaliser une figurine de Solano dont le prototype est prêt et sera montré plus tard dans l'année ! Il y a d'autres projets mais on se concentre sur celui-ci. Je suis vraiment excité de voir l'accueil du public ! En ce moment, je dessine GI JOE pour IDW et ce mois, je vais commencer un nouveau chapitre en ligne de OCB, du coup lisez-le aussi s'il vous plait !
LGC : Avez-vous vu l'adaptation de Ghost In The Shell avec ScarJo (NDLR : Scarlet Johansson) ? Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Quel est votre avis sur la polémique de white washing ?
Giannis : On a maté le film l'autre jour... Il était divertissant mais ne proposait rien que j'aurais l'envie de mater à nouveau. Il n'a rien de comparable au manga ni aux autres adaptations, selon moi.
Ouvrir spoilers Ghost in The Shell(click here)
LGC : Dernière question : Appleseed ou Ghost in The Shell ? Pourquoi ?
Giannis : Haha ! Question compliquée ! Je suis plus Ghost in The Shell parce que c'est mon premier manga de Shirow, mais ses progrès artistiques et narratifs sur Appleseed ont également une grosse leçon. Le deuxième tome de Dominion fait partie de mes œuvres préférées. Si vous ne l'avez pas encore lu, ruez-vous dessus !
Si je m'étais écouté, j'aurais eu encore mille questions à poser à Giannis, notamment à propos de son amour pour les OSTs de jeux vidéo japonais de l'époque 128 bits. J'aurais également rêvé partager mes moments de rage quit sur Ring of Red, un tactical japonais au tour par tour de l'époque où Konami avait une race et sortait hits sur hits (quand on repense qu'en 2001, on avait eu coup sur coup Zone of The EndersMGS 2 et Silent Hill 2... ça donnerait presque envie de chialer, vu le gâchis actuel). On aura peut-être l'occasion de le faire lors d'une rencontre IRL, mais en attendant, n'hésitez pas à surveiller son compte Twitter et son Tumblr, sur lesquels il se livre à propos de ses travaux tout en partageant des pépites nostalgiques.

Si cette petite interview vous a donné envie de vous procurer des comics dessinés par Giannis, :

En VF
Découvrez Prophet, tome 1
Prophet, chez Urban Comics : un space opéra mystique ambitieux plein de l'esprit de feu maître Moebius
En VO
Découvrez Spera
Spera chez Archaia : de l'heroic fantasy teintée de steampunk qui ravira les fans de RPG
Découvrez G.I Joe Revolution
G.I Joe : Revolution, chez IDW : oubliez l'image ringarde de la licence !
Sa création originale Old City Blues est disponible gratuitement en version digitale sur son Tumblr, mais également en version papier à un prix très abordable. C'est vraiment l'œuvre parfaite si vous voulez vous faire un revival des manga cyberpunks de Masamune Shirow. Ça coûte à peine plus cher qu'une place de cinéma sans supplément 3D, une alternative bien plus réjouissante qu'une séance de Ghost In The Shell, malgré toute la sympathie que j'éprouve pour cette adaptation bâtarde  :
Découvrez Old City Blues
lisez gratuitement et légalement la version digitale de Old City Blues
Découvrez l'Adoption, tome 1
Ou achetez les volumes reliés, en import
Sources planches et couvertures : le blog de Giannis

Mais qui est Giannis Milonogiannis ?

Bio
  • Date de naissance : 1988
  • Nationalité : grecque
Recette créative
  • ingrédients favoris : la nostalgie des œuvres culturelles des années 90 et du début des 2000s, le dynamisme, le cyberpunk...
Artiste grec dessinant pour des maisons d'édition américaines, dans un style proche des bandes dessinées japonaises dans années 90, Giannis Milonogiannis utilise sa nostalgie pour faire exploser son art plutôt que de le garder cloisonné dans une époque chérie mais révolue.

Les œuvres cultes de Giannis Milonogiannis

  • L'œuvre de Masamune Shirow
  • Les jeux vidéo des débuts de la 3D sur consoles
  • Les bandes originales des jeux vidéo japonais
    et tant d'autres...

10.4.17

Le Monde à tes pieds braque ses projecteurs sur la génération sacrifiée espagnole

De jeunes trentenaires, des diplômes à ne savoir qu'en faire, des galères sans nom pour trouver du boulot ou pour s'épanouir professionnellement, une rage profonde de s'en sortir…Avec des ingrédients si proches de mon quotidien, Le Monde à tes pieds m'a tout de suite interpellé en librairie. Je l’achetais donc en librairie, pensant pouvoir me lamenter en lisant les mésaventures de compagnons d'infortune d'encre et de papier. Je trouvais bien plus que cela... 
Si les trois histoires du roman graphique se déroulent en Espagne, le propos sociétal et la justesse des situations narrées s’affranchissent sans peine de toutes limitations géographiques. La crise espagnole peut certes pousser les curseurs un peu plus à fond, mais les situations de galères des personnages risquent fort de vous être familières, à moins de vivre dans une bulle suave de confort hermétique. Des jeunes travaillant en tant que vendeurs dans des enseignes de prêt à porter ou dans des centres d'appel malgré leurs diplômes ou contraints de se prostituer, lorsqu'ils n'ont pas fait assez d'études, il y en a partout. C'est l'illustration même du concept sociologique de déclassement dont Carlos, David et Sara, les héros des trois récits sont victimes (le sociologue Philippe Lemistre présente le phénomène en détail dans la postface très intéressante de l'ouvrage).

Avec Le Monde à tes pieds, Domingo Pep alias Nadar capture le cri de détresse ou plutôt de survie d'une génération qui, à défaut de faire plier le système, s'y adapte tant bien que mal, tirant un trait sur leurs rêves ou renonçant aux carrières correspondant à leurs qualifications. Par moment, la comparaison est inévitable avec un documentaire animalier sur le processus d'adaptation ou de migration d'une faune face à son écosystème devenu maboul. Sans jamais verser dans le pathos, la démarche de Nadar est en effet proche de celle d'auteurs du courant naturaliste comme Zola ou Maupassant que le philosophe Hippolyte Taine présentait ainsi : “Il (le naturaliste) dissèque aussi volontiers le poulpe que l’éléphant; il décomposera aussi volontiers le portier que le ministre. Pour lui, il n’y a pas d’ordures. Il comprend et manie des forces ; c’est là son plaisir, il n’en a pas d’autre; il ne dit pas : Le beau spectacle ! mais : Le beau sujet !”.
S'il est sûrement encore trop tôt et hasardeux pour comparer Nadar à ces écrivains français de la fin du XIXe siècle, on peut sans crainte, après ce coup de maître, le faire boxer dans la catégorie des tauliers de la bande dessinée indépendante américaine comme Bob Fingerman ou Daniel Clowes. De ce dernier, il partage d'ailleurs des similitudes graphiques, à commencer par des personnages semi réalistes ultra expressifs. La mise en scène, quant à elle, s'appuie sur un découpage fluide – appuyé sur un format à l'italienne (NDLR : format tout en largeur) – pour ne jamais perdre ou ennuyer le lecteur entre flashbacks et états d'âmes.
Vous l'aurez compris, Le Monde à tes pieds dispose de tous les ingrédients pour vous mettre aux siens et encore plus si vous êtes un tant soi peu concernés par la situation socio-économique actuelle. Un immense coup de cœur que je vous encourage donc à découvrir et à faire découvrir.

Crédits planches : © 2015 Nadar © 2017 La Boîte à Bulles
Sources : le site de La Boîte à Bulles, le site du Cairn

Alors, ça a quel goût Le Monde à tes pieds ?

Caractéristiques principales
  • Genre : tranches de vies, chronique sociale
  • Style graphique : semi-réaliste
œuvres similaires
  • BD et romans : l'œuvre de Zola, Moi, 20 ans, diplômée, motivée... Exploitée
  • Ciné : Moi, Daniel Blake et le cinéma social anglais, en général
  • Musique : l'album Head Carrier des Pixies, le rock anglais engagé des 60's
Le Monde à tes pieds décrit avec justesse et sensibilité les désillusions d'une jeunesse espagnole (et mondiale) face au marché de l'emploi. Sans jamais verser dans le misérabilisme ou le pathos, c'est une véritable toile sociale que dessine, au fil des pages, l'auteur espagnol Nadar. Un coup de cœur qui se doit de figurer sur vos étagères, si vous êtes amateurs de romans graphiques réalistes et percutants.

Le Monde à tes pieds
Auteur : Nadar (dessin, scénario)
Éditeur : La Boîte à Bulles
Nombre de pages : 220 pages
Date de sortie : 29/03/17
Prix : 20 €

5.4.17

Rencontre avec Navie et Carole Maurel pour leur Collaboration horizontale

À l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, le 08 mars 2017, la librairie Bulle invitait au Mans la scénariste Navie (plume hyperactive et co-animatrice de L'Émifion sur Madmoizelle.com) et la dessinatrice Carole Maurel (L'Apocalypse selon Magda, Luisa ici et là...) pour la dédicace de leur ouvrage Collaboration Horizontale. J'ai eu la chance de leur poser quelques questions au sujet de cette bande dessinée touchante qui aborde un sujet trop souvent ignorée : le vie sentimentale et sexuelle des femmes sous l'occupation et – encore plus problématique – avec l'occupant.
"... je suis tombé instantanément amoureuse du dessin de Carole. J'ai tout de suite été attachée à ce qu'elle se lâche totalement, à ce qu'elle n'hésite pas à faire des splash pages." Navie
LGC : Bonjour Navie, comment le sujet de la collaboration horizontale est-il passé des pages de votre mémoire de fin d'études d'Histoire à la Sorbonne, à celles de cette bande dessinée ?
Navie : En fait, je parlais de mon parcours avec Marion Amir, mon éditrice chez Delcourt et mon mémoire l'a vraiment intéressée. Elle m'a convaincue d'en faire un scénario de BD puis m'a présenté Carole Maurer.
LGC : C'était il y a combien de temps ? Comment s'est déroulée votre collaboration (sans mauvais esprit de ma part) ?
Navie: Ça remonte à trois ans, je suis tombé instantanément amoureuse du dessin de Carole. J'ai tout de suite été attachée à ce qu'elle se lâche totalement, à ce qu'elle n'hésite pas à faire des splash pages.
LGC : Quelle a été votre méthode de travail ? Vous étiez en atelier  ?
Navie : On a fait des allers-retours sur le scénario et le storyboard, essentiellement par mail et par téléphone. En fait on a commencé à vraiment se voir physiquement au moment des dédicaces. C'est une belle rencontre !
 "J'ai essayé d'écrire une œuvre sur les apparences. Un Village français est vraiment cool et le fait également, oui. On y découvre des personnages qui peuvent être lâches, héros ou traîtres en même temps. Navie
LGC : Vous êtes une lectrice de bandes dessinées à titre personnel ? Si oui, avez-vous des œuvres cultes à nous conseiller ? vous avez eu des sources d'inspiration pour Collaboration horizontale ?
Navie : Oui, je suis une passionnée de BD. Parmi mes œuvres cultes, il y a La Tendresse des pierres de Manon Fayolle et La Parenthèse d'Élodie Durand. Collaboration horizontale est un travail 100% original, même si j'ai vraiment adoré Mauvais genre de Chloé Cruchaudet.
LGC : Le ton de Collaboration horizontale est juste et ses personnages sont loin d'être caricaturaux. Connaissez-vous la série Un Village français ? Il y a quelques similitudes avec votre traitement non-manichéen.
Navie : J'ai essayé d'écrire une œuvre sur les apparences. Un Village français est vraiment cool et le fait également, oui. On y découvre des personnages qui peuvent être lâches, héros ou traîtres en même temps.
LGC : Votre bande dessinée est une œuvre d'atmosphère, vous êtes-vous plongée dans une ambiance d'époque pour l'écrire ? Avez-vous une bande son à conseiller pour sa lecture ?
Navie : J'ai beaucoup écouté Lucienne Boyer et son classique Parlez-moi d'amour. Pour la lecture de Collaboration horizontale, le principal conseil que je peux donner, c'est d'y aller d'une traite.
LGC : Comme pour un film, en somme. D'ailleurs, avez-vous des envies d'adaptation cinématographiques ? Moi, je verrai bien un téléfilm.
Navie : Ça me plairait vraiment, oui, mais on verra bien où l'avenir nous mènera.
 "J'ai essentiellement dessiné à l'ordinateur, il n'y a que le storyboard que j'ai fait à la main pour le découpage. Par contre, j'ai fait mes textures à la main pour les scanner et les utiliser dans la bande dessinée.Carole Maurel
LGC : Bonjour Carole, Navie vient de m'indiquer que les débuts de votre aventure commune remontent à 3 ans. Avant la sortie de L'Apocalypse selon Magda et Luisa ici et là, donc.
Carole Maurel : Oui, on a signé le contrat avant la fin de mon travail de L'Apocalypse selon Magda.
LGC : Navie est historienne de formation, mais vous, avez-vous dû effectuer des recherches pour respecter l'aspect historique dans votre approche du dessin ? Vous êtes-vous inspirée de personnages existants ?
Carole Maurel : J'ai fait des recherches à fond pour la véracité historique des décors, des vêtements ou des voitures. J'ai pas mal écumé les médiathèques pour ça (rires). Pour les personnages, j'ai fait un casting de têtes.
LGC : Ceux qui vous suivent depuis Comme chez toi noteront encore une fois un bond en avant de votre dessin avec de nouvelles expérimentations graphiques, notamment. Pouvez-vous nous parler des techniques utilisées ?
Carole Maurel : J'ai suivi la volonté de Navie de sortir des sentiers battus avec par exemple la représentation de la cécité chez un des personnages. J'ai essentiellement dessiné à l'ordinateur, il n'y a que le storyboard que j'ai fait à la main pour le découpage. Par contre, j'ai fait mes textures à la main pour les scanner et les utiliser dans la bande dessinée.
LGC : Vous êtes-vous appuyée sur des œuvres préexistantes pour votre travail sur la bande dessinée ? Des films par exemple ?
Carole Maurel : Je me suis plongée dans des films et séries comme Un Village français, dont la photographie est vraiment top ! J'ai aussi étudié les travaux photographiques d'André Zucca pour le journal pétainiste Signal
LGC : Pour finir, pouvez-vous nous citer trois artistes ou œuvres qui ont influencé et influencent toujours votre construction en tant que dessinatrice ?
Carole Maurel : Il y en a beaucoup, mais je dirais que ce sont les travaux de Jiro Taniguchi, Pedrosa ou encore de Bastien Vivès avec son trait évolutif.
En tant que passionné d'Histoire et tout particulièrement par les périodes de conflits et de leur répercussions sur les populations, cette Collaboration horizontale constitue un objet ô combien chérissable de par sa rareté. Vous vous rendez compte ? Une bande dessinée illustrée et scénarisée par des femmes, traitant de la Seconde Guerre mondiale et en particulier de ce qui a été appelé – avec grande classe – la collaboration horizontale. En effet, il est difficile pour les pays ayant été occupés de revenir avec nuance sur les relations qui ont pu se nouer avec l'occupant. Bien souvent on se retrouve avec une division en deux catégories de personnes : les vaillants résistants qui ont tenu tête à l'ennemi et ceux qui se sont couchés au propre comme au figuré. La vérité était bien plus complexe que cela, mais allez expliquer cela à des hommes ayant besoin de sentir qu'ils reprenaient le contrôle et qui, pour cela avaient besoin de punir... Peut-être que cette bande dessinée (et la lettre qui se trouve à la fin de celle-ci), auraient pu changer la donne, en tout cas je ne peux que vous inciter à vous jeter dessus pour mieux comprendre cette période de l'Histoire :
 Acheter Collaboration horizontale
Sources planches et couvertures : le site de Delcourt

Mais qui est Navie ?



Bio
  • Date de naissance : 1982
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : pédagogie, humour, Histoire, féminisme, sensualité
Virginie, alias Navie, aime écrire, pour faire découvrir plein de choses plus ou moins sérieuses. De la parentalité à la sexualité en passant par l'Histoire, aucun sujet ne semble pouvoir lui résister. Une créatrice hyperactive qui ne cesse de nous surprendre à chacune de ses tentatives.

Mais qui est Carole Maurel ?

Bio
  • Date de naissance : 1980
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : tendresse, jeux de couleurs, féminisme
À force de dessiner des personnages féminins dans des situations compliquées, Carole Maurel est devenue une virtuose dans la représentation du spectre émotif. Son trait, fin et ultra-expressif, propulse au cœur des récits, souvent dès le premier regard.